L'introduction de la psychanalyse en Belgique suit un parcours chaotique. Elle y est tôt connue mais en toute apparence mal appréciée et elle engendre trop de prudence ou d'hostilité que pour s'y implanter de façon officielle avant la guerre 40-45.

Freud ne mentionne pas le pays dans ses écrits. En 1885, dans une lettre à sa fiancée Martha Bernays, il vante la beauté de Bruxelles et décrit les monuments qu'il découvre en trois heures trente de promenade.

Il n'y a pas d'autre occurrence de visites qu'il y aurait faites, et c'est tout à fait en passant qu'en 1914 il se réjouit de la prise d'Anvers par les Allemands, que lui annonce Karl Abraham. Il s'intéresse davantage aux personnes qui y ont produit une œuvre ou un travail par lequel il se sent concerné. Dans La science des rêves ou les Etudes sur l'hystérie, il se réfère à diverses reprises aux écrits sur l'hypnotisme du Liégeois Joseph Delboeuf (1831-1896) qui a fréquenté la Salpétrière de J-M. Charcot à la même époque que lui. Il cite aussi le fondateur du système asilaire belge, le Gantois Joseph Guislain. Au sein de son texte sur "Le délire et les rêves dans la Gradiva de Jensen", on découvre une analyse succincte d'une gravure de Félicien Rops, "La tentation de Saint-Antoine". Dans Le mot d'esprit et sa relation à l'inconscient, il mentionne la liaison du roi Léopold II avec Cléo de Mérode.

A l'évidence, l'universalisation de sa nouvelle science le préoccupe bien plus que les frontières d'un pays, et il correspond avec quiconque s'enthousiasme pour ses travaux, pourvu qu'il ne lui paraisse point trop. Peut-être percevait-il aussi quelque inimitié ou de l'indifférence polie de la part de cet Etat, où il semble que personne ne se soit manifesté pour se former auprès de lui avant les années 1920, alors même que ses théories y étaient connues.

En tout cas, il décline l'invitation de se rendre à Bruxelles les 7 et 8 août 1910 à l'occasion du premier congrès de médecine psychologique et de psychothérapeutique, organisé par le psychiatre berlinois Oskar Vogt. Ce sont Ernest Jones et Leonhard Seif qui y parlent, respectivement des effets thérapeutiques de la suggestion et de la valeur de la méthode psychanalytique. L'année suivante se tient, toujours à Bruxelles, du 11 au 16 août le premier congrès international de pédagogie (paidologie) présidé par le Docteur Ovide Decroly. Carl Gustav Jung y expose ses conceptions sur la psychanalyse chez les enfants, et y affronte selon ses dires l'enthousiasme de l'assistance et l'hostilité de son président de séance l'Anversois Van Schuiten. On retrouve des évocations de ce voyage dans leur correspondance, bien que Freud n'y apporte guère de commentaires.

Il est pourtant connu dans le milieu médical du pays longtemps avant ces deux congrès, dès le début des années 1890; on le sait par des comptes-rendus ou citations dans les principales revues en ce domaine, le Bulletin de la Société de Médecine Mentale de Belgique, la Revue de Neurologie ou le Journal de Neurologie. Les auteurs en sont médecins et ont pour nom Jean De Boeck (1893), Jules Dallemagne (1894), Arthur Van Gehuchten (1896), Jean Crocq (1897), etc.. On y trouve des commentaires intelligents, dont celui sur la "Communication préliminaire", mais plus souvent des mécompréhensions flagrantes de la naissante psychanalyse: elle est d'abord comprise et on cherche à l'intégrer dans l'axe du regard médical positiviste de l'époque. Il reste qu'on ne cite pas ou on ne fait pas référence à des inconnus: il est lu et commenté dès ses premiers écrits.

Du début du XXe siècle et jusqu'à l'approche de la guerre 14-18, les articles à propos de ses textes se multiplient dans la littérature médicale et au-delà, dans les revues des milieux universitaires, intellectuels ou religieux. Plusieurs témoignent d'une fort bonne connaissance et d'une affinité certaine avec ses conceptions. Ainsi est-ce dans une revue belge, le Journal de Neurologie, que les psychiatres français A. Schmiergeld et P. Provotelle publient en 1908 leur célèbre conférence sur la psychanalyse de juillet 1907 qui, au-delà de leurs réserves personnelles, donne une explication claire de ce qu'elle est à l'époque et du motif pour lequel Freud réussit là où Pierre Janet échoue.

Dans le même Journal de Neurologie paraissent deux articles du Néerlandais A.W. Van Renterghem, en 1910 et 1914 ("Freud et son école"): il deviendra l'un des membres fondateurs de la Nederlandse Vereniging voor Psychoanalyse en 1917. La Revue Psychologique des années 1910 et 1911 livre pour sa part des textes tout aussi favorables et documentés de deux enseignants de l'ULB d'origine slave: E. Abramovski et Iosefa Ioteyko.

Beaucoup sont cependant plus mitigés ou confus, ou n'en acceptent que certains aspects. On trouve une assimilation fréquente et plus ou moins poussée avec le test d'association d'idées de C.G. Jung, considéré comme un 'instrument de psycho-analyse'. On la compare à des degrés divers à une sorte de confession ou d'examen de conscience critique. On imagine qu'elle permettra de découvrir les secrets des malades, qu'ils soient d'ordre sexuel ou qu'il s'agisse d'enquêtes judiciaires, de dépistage des simulateurs à l'armée ou même de poser un diagnostic sûr. Enfin, on réduit avec trop de facilité sa dimension thérapeutique à la seule catharsis, preuve d'une méconnaissance voulue, dans la praxis, de ses développements théoriques: en clair, une prise de distance à l'égard du primat de l'étiologie sexuelle des névroses. Dans cet ensemble fluctuant de réticences, on retrouve pour l'essentiel des médecins de toutes les parties du pays, comme Auguste Ley (1907, 8, 9, 10, 11, 12) de Bruxelles, F. Boulanger (1909, 13) de Lierneux, Xavier Francotte (1906) de Liège, Diodème De Buck (1903, 7) de Gentbrugge puis Tournai, Debray (1911) de Charleroi, Fritz Sano (1908) d'Anvers, etc.

Enfin, une série d'articles s'opposent de manière virulente aux textes freudiens, qu'ils remettent en cause son "pansexualisme" ou ses bases épistémologiques. Deux personnalités émergent parmi ces derniers: le psychiatre français Sollier, souvent invité dans les milieux proches de l'ULB, et le psycholinguiste Paul Menzerath, chercheur à l'Institut de Sociologie de l'ULB, très au fait des thèses de Freud. Celui-ci pose déjà la question de leur infalsifiabilité, mais il se désintéressera de la psychanalyse à partir de 1913 et participera à la flamandisation de l'Université de Gand pendant la guerre, en collaboration avec les Allemands, ce qui lui vaudra d'être expulsé de Belgique en 1919.

Cette brève revue de la littérature médico-scientifique d'avant 14-18 permet de se rassurer quant à la connaissance de l'œuvre freudienne dans nos contrées. Le bulletin mensuel de l'Institut de Sociologie de l'ULB en est en ce sens un bon paradigme: il témoigne dans sa chronique mensuelle des développements de la psychanalyse, dont ses débuts en Russie, les conférences de Freud et Jung à l'Université Clarck, la création de ses revues, des extraits de Totem et Tabou, etc. Une certaine ironie de ton ne change rien à l'affaire: on ne peut se prévaloir d'aucune ignorance quant à la non 'contamination' de la Belgique. Ce même paradigme permet d'exclure l'excuse religieuse qu'aurait pu avancer l'Université de Louvain, sauf à la considérer dans sa diffraction: le conservatisme de pensée et de mœurs peut-être plus prégnant dans les deux autres universités, Gand et Liège. Mais tout ceci reste à interroger pour comprendre l'important retard que l'on prendra en ce domaine, au-delà des péripéties historiques que l'on va maintenant aborder.

Après la Grande Guerre, un Gantois, Julien Varendonck (1879-1924) devient membre en 1921 de la Nederlandse Vereniging voor Psychoanalyse, fondée en 1917. Docteur en psychologie, en philosophie et en lettres, il publie la même année The Psychology of Day-Dreams, préfacé par Freud et traduit en allemand par sa fille Anna en 1922. Un article, "A Contribution to the Study of Artistic Preference", qu'il a adressé et qui a été accepté par l' International Journal of Psycho-Analysis, est très critiqué par la même Anna qui trouve qu'il y est trop question de ses infortunes conjugales. A cette occasion E. Jones signale qu'il ne l'estime guère au contraire de Freud lui-même. Toujours en 1922, il entame une psychanalyse à Vienne auprès de Theodor Reik et participe au colloque de l'I.P.A. à Berlin en exposant "The fallacy of Silberer's threshold symbolisme".

A l'automne 1923, il envoie à Vienne, pour y faire une psychanalyse, son fils John (qui signe Jean) et un futur architecte, Emile Henvaux, qui publiera un bref récit de cette expérience en 1984, sous le titre "Vienne 1923, Pension Washington". Tous les deux se rendent chez Paul Federn. Mais en 1924, Julien Varendonck décède au cours d'une intervention chirurgicale et ne laisse en apparence aucune postérité professionnelle; son fils n'a plus d'argent pour poursuivre son analyse et Henvaux s'engage dans sa carrière d'architecte tout aussi désargenté. On n'a à ce jour retrouvé aucun des patients de Varendonck ni de documents de sa main autres que les divers articles publiés.

La même année 1924, paraît un numéro spécial "Freud" de la revue Le Disque Vert dirigée par Franz Hellens, à la suite d'un numéro double sur Charlie Chaplin. Après une photo et une dédicace sur ce que lui a appris J.M. Charcot, on trouve des textes, tous inédits, d'Edmond Jaloux, Jacques Rivière, René Crevel, Marcel Arland, Henry Michaux, Jean Paulhan, mais aussi des docteurs Angelo Hesnard, René Allendy, René Laforgue, Henri Claude, Edouard Claparède, et bien d'autres. Plusieurs comparent les conceptions de Freud à celles de Proust, voire à d'autres écrivains et philosophes tels que Dostoïevski ou Aristote. Certains se plaignent du retard pris par la France dans le développement de la psychanalyse. Personne ne semble s'en plaindre pour la Belgique. Cet extraordinaire hommage d'une revue qui en est à sa deuxième année d'existence indique combien le freudisme est déjà présent dans la vie intellectuelle et médicale du pays, même si on cherche à intégrer ses théories dans les anciens cadres de pensée, moraux ou autres. A ce niveau, les réticences telles que celles exprimées par Franz Hellens en personne dans ses "Documents secrets" ne suppriment en rien la reconnaissance de l'éminence de la pensée freudienne.

Des phénomènes similaires de méfiance et d'admiration se retrouvent dans d'autres milieux artistiques que l'on aurait pu croire plus proche de la psychanalyse, à la suite d'André Breton: les surréalistes belges, tout autant le groupe bruxellois que celui d'Achille Chavée, gardent leur distance à l'égard de Freud. La première traduction et publication en français de son article sur l'humour, dans le numéro hors série "Le Surréalisme en 1929" de la revue belge Variétés, ne changeront rien à l'affaire; c'est d'ailleurs un numéro composé sous la direction de Breton et d'Aragon.

Durant cette période, le monde intellectuel du pays reste fermé à la mise en pratiqué de ses théories, même s'il n'est plus pensable de l'ignorer. Beaucoup de revues sont amenées à en faire état, le plus souvent sur un mode très critique quant à ce qu'on appelle son pansexualisme. Les revues théologiques et philosophiques d'obédience religieuse sont exemplatives de cette impasse, où l'on ne peut s'empêcher d'évoquer ou de discuter une conceptualisation que l'on récuse dans son aspect le plus fondamental. Cela donne lieu à quelques aberrations étonnantes. En 1928, on découvre la publication dans les Cahiers Mosans de "Quinze rêves expliqués", dont l'auteur est un jeune docteur en droit de 24 ans, Théo Hénusse (1904- 1973) qui applique à la lettre la méthode freudienne d'analyse des rêves, à une exception près: on n'y trouve strictement rien de sexuel. Peu de temps après, il va entamer des études de médecine pour devenir ... psychiatre.

Malgré leurs réticences, certains n'hésitent pas à envoyer leur livre à Freud pour en quémander quelque caution. Hendrik de Man, le futur président du Parti Ouvrier Belge lui écrit et lui adresse Zur Psychologie des Sozialismus, mais cela reste sans suite. On sait que sa compromission avec les nazis durant l'occupation l'obligera à émigrer après la guerre. Au début des années 30, un pédagogue bruxellois du nom de Peers publie A l'école de Freud où il exprime sa gêne à l'égard de la théorie sur la sexualité; il le lui envoie et reçoit en retour une lettre où Freud lui recommande d'être plus attentif à la sexualité infantile. Tout ceci indique l'obstacle que ne peut franchir aucun membre de l'intelligentsia belge, pour des raisons qui restent obscures.

Aussi est-ce par un autre biais que se produit le déclic nécessaire au surgissement d'une institutionnalisation de la psychanalyse: celui du self made man. Dans les années 20 s'est créé à Bruxelles un "Cercle d'Etudes Psychiques". Il s'occupe d'oniromancie, spiritisme, astronomantie, hypnose et même psychanalyse. Deux personnages en sont les principaux animateurs. Selon toute vraisemblance, le plus actif en est Maurice Dugautiez (1893-1960), ancien rédacteur du Ministère de la Guerre, service des Bâtiments et Constructions militaires. Il est en congé de maladie depuis 1925 et sera pensionné dès 1929. Passionné d'hypnose, il fait beaucoup de conférences sur des sujets divers, tels la graphologie, le nudisme, la morale, etc., dans un lieu à l'enseigne évocatrice: "le Rouge et le Noir". C'est sans doute là qu'il rencontre son compère jusqu'à leur décès respectif, Fernand Lechat (1895-1959). Après avoir exercé divers métiers dont celui de photographe, ce dernier est à cette date courtier en assurances, et s'il participe aux activités des psychistes, c'est, paraît-il, avec bien moins d'enthousiasme, mais cela l'amène à la psychanalyse. L'absence de formation universitaire de l'un comme de l'autre fera dire à Maud Mannoni, analysante de Dugautiez, que la Société Belge de Psychanalyse a été fondée par un fakir et un ancien comptable, ce qui est de sa part un hommage aux 'fous d'analyse'.

Quoiqu'il en soit, ce Cercle publie une revue fondée en 1928, la Revue des Sciences Psychistes, et il se transforme dès 31 successivement en Cercle Moderne de Psychologie, Cercle Moderne de Psychologie et de Sexologie et enfin en Société Belge de Psychanalyse au 4ème trimestre 1934. Dans le même temps, une nouvelle revue paraît à partir de 1931, le Psychagogue. Il semble que les deux animateurs pratiquent la psychanalyse dès avant 1930, mais il reste à savoir sous quelle forme puisque, sauf erreur, leur formation n'est que livresque.

A la même époque, un Gantois, le docteur Jacques De Busscher (1902- 1966) s'y forme sur un mode plus classique. Brillant diplômé de l'Université de Gand en 1925, il se spécialise durant 3 ans en neurologie et en psychiatrie aux Etats-Unis, où il découvre la psychanalyse. A son retour en 1928, il entame assez vite une extraordinaire carrière universitaire, tant à Bruxelles qu'à Gand, et publie de très nombreux textes dont une partie sur la psychanalyse à partir de 1929. Il pratique une cure chez A.J. Westerman Holstijn aux Pays-Bas, qu'il invitera régulièrement à Gand pour des conférences. En 1936, il devient membre de la Nederlandse Vereniging voor Psychoanalyse et le restera jusqu'en 1964. A ce titre, il est le seul membre belge de l'IPA jusqu'en 1949, y succédant à cet autre Gantois mort trop tôt Julien Varendonck. Mais pour des raisons que l'on ignore, il ne cherche pas à fonder un groupe belge alors même qu'il pousse à son introduction dans le monde médical et universitaire. Ce milieu intellectuello-clinique y était-il trop réticent jusqu'à représenter une menace pour sa carrière universitaire ? Ou les conflits de Westerman Holstijn avec la N.V.P. y étaient-ils pour quelque chose ? Gardait-il lui-même quelque méfiance à l'égard de sa pratique ? On ne sait. Il reste qu'il ne s'inscrira jamais dans les société et école belges surgies plus tard.

Cela ne l'empêche pas de combattre la pratique de la psychanalyse par ceux qu'il considère comme des charlatans, à savoir les anciens psychistes. Et lorsque ces derniers fondent la Société Belge de Psychanalyse en 1934, il écrit à la Société Belge de Neurologie et à celle de Médecine Mentale pour signaler et critiquer l'événement, car cela pourrait entraîner des confusions avec les sociétés savantes respectables, et avoir un effet désastreux à l'étranger en raison de leurs publications fantaisistes. Une commission d'enquête est nommée, que dirige Auguste Ley, devenu fort méfiant vis-à-vis de la psychanalyse. Celui-ci connaît bien Dugautiez car ils ont créé ensemble une "Association Belge d'Etudes Sexologiques" en 1933. Aussi aucune décision n'est-elle prise, mais les deux intéressés acceptent le changement de nom de la société sous réserve de l'apparition d'un groupe médical sous cette appellation. De Busscher propose alors à ses confrères la création d'une Société Médicale Belge d'Etudes Psychanalytiques, mais il n'est pas suivi, et nos deux ex-psychistes transforment la leur en "Société d'Etudes Psychanalytiques" fin 1935, copie non médicale de celle de De Busscher!

L'alerte a été suffisamment chaude pour que l'année suivante, en 1936, Dugautiez, Lechat et l'épouse de ce dernier se décident à entamer des contrôles à Paris, auprès de John Leuba et de Marie Bonaparte, à une époque où le train mettait encore de longues heures pour parcourir ce trajet.

1936, c'est aussi l'année du 80èmc anniversaire de Freud. De nombreux écrivains lui rendent hommage dont Thomas Mann, Selma Lagerlôf, H.G.Wells, Virginia Woolf, Stefan Zweig, etc.; il est nommé membre honoraire de l'Association Psychiatrique Américaine, de la Société de Neurologie de New-York, de diverses Associations de Psychanalyse, mais il est surtout honoré par le titre de membre de la Royal Society en Grande-Bretagne. En Belgique, quelqu'un songe à lui rendre hommage en le nommant membre d'honneur d'une revue, et lui écrit en ce sens: il s'agit de Jean Bobon, futur professeur de psychiatrie de l'Université de Liège, mais à l'époque encore étudiant en médecine et directeur d'une revue ... d'étudiants, le Carabin. Freud lui répond le 20 octobre 1936 en se réjouissant de ce qu'enfin la psychanalyse va aussi se développer dans son pays, et il l'encourage à venir suivre une formation à Vienne comme il en a le projet, même dit-il "au cas où vous apprendriez que vous ne me rencontreriez plus". Et tout en lui envoyant une photo dédicacée, il s'interroge sur le genre de liste où on souhaite l'inscrire. Dans la même revue estudiantine, Jean Bobon écrit plusieurs articles qui décrivent l'évolution de la pensée freudienne, et termine en octobre-novembre 39 par une notice nécrologique fort bien documentée. Il est à l'époque assistant en psychiatrie et ne deviendra pas psychanalyste.

L'obstacle n'est à l'évidence pas Freud, mais la société et la culture du pays lui-même, qui ne se laisse pas contaminer par ce nouveau savoir.

Heureusement, le 6/3/1938 un certain docteur Ernst Paul Hoffman (1891-1944) arrive à Anvers sur invitation, pour y donner un cycle de conférences de "pédagogie psychanalytique". Il y est surpris par l'Anschluss le 13/3/1938 et reste à Anvers durant quelques mois, le temps de demander et obtenir l'asile politique et de faire venir son épouse et son tout jeune fils né à Vienne le 17/7/1937. En novembre, il emménage à Bruxelles, d'abord à Saint-Gilles puis à Ixelles.

A cette date, on sait qu'il pratique la psychanalyse dans la capitale, et qu'avec l'accord de la Société Psychanalytique de Paris, il a pris en didactique Dugautiez et le couple Lechat. Son parcours antérieur à son arrivée en Belgique est assez terne: selon l'expression de Richard Sterba, c'était une figure relativement peu importante du groupe. Né le 23 janvier 1891 en Roumanie, mais de nationalité allemande, il fait ses études de médecine à Vienne et se spécialise en psychiatrie. Après une psychanalyse auprès de Paul Federn, il devient membre de la Société Viennoise et de l'IPA en décembre 1931. Il travaille à l'Ambulatorium (polyclinique psychanalytique) de 1924 à 1937 et enseigne à l'Institut de formation de Vienne à partir de 1936. On ne lui connaît qu'un écrit publié, "Projektion und Ich-Entwicklung".

Comme beaucoup d'autres devant la montée du nazisme, il essaie très vite d'émigrer aux U.S.A., une fois reconnu son statut de réfugié politique, mais il échoue face à la règle des quotas liée au lieu de naissance. Il supplie P. Federn, déjà aux Etats-Unis, de l'aider à y trouver un poste d'enseignant pour outrepasser cette législation, mais cela reste inopérant, et le 10 mai 40 il est arrêté en tant que sujet allemand. Interné dans des camps vichystes, il aboutit le 11 mars 1941 au camp des Milles près de Marseille. Il y tombe malade, est hospitalisé, s'en échappe et passe la frontière franco-suisse en septembre 42. On le retrouve à l'hôpital psychiatrique de Malévoz en Suisse où il donne des cours de psychanalyse jusqu'au 23/12/1944, date de son décès inopiné des suites d'un ulcère perforant. C'est le docteur H. Meng qui prononce son éloge funèbre à Bâle.

On possède fort peu d'indications sur la manière dont il a formé les futurs ou déjà premiers psychanalystes belges qui vont fonder institution. Mis à part une propension à l'empathie dont on le crédite et une tendance à provoquer le transfert négatif dont on le critique, on ne peut que souligner conditions difficiles de temps et de lieu pour y procéder: sans doute bien moins de deux ans pour ne parler que de la chronologie. En revanche, il faut bien reconnaître qu'il arrivait à point nommé pour permettre à nos trois personnages d'apurer quelque peu leur dette à l'égard des critères de formation mis en place par l'I.P.A. Et peut-être a-t-il poussé à ce qu'ils complètent leurs connaissances pour le moins partielles: Fernand Lechat suit en 39-40 une formation de psychotechnicien l'école d’ergologie.

E.P. Hoffman disparu dans la tourmente, Dugautiez et le couple Lechat ne semblent rencontrer aucune difficulté pour pratiquer la psychanalyse durant la guerre. Juste après celle-ci, le 24 décembre 1946, ils constituent l'Association des Psychanalystes de Belgique dont les statuts sont publiés au Moniteur le 1er mars 1947. En juillet de la même année et sous le patronage de la Société Psychanalytique de Paris, la direction de l'I.P.A. entérine cette fondation et ils deviennent membres de cette même I.P.A. lors du congrès de 1949 à Zurich: plus de 20 ans après la France, plus de trente ans après les Pays-Bas, sans parler de la Grande-Bretagne ou de la Suisse!

L'avenir ne s'en annonce pas plus facile pour autant. L'association ne se développe qu'avec peine: selon divers témoignages, ce sont les fondateurs qui encouragent leurs analysants à entrer dans la profession. En 1953, la première psychanalyste formée à Paris en revient: il s'agit du docteur Thérèse Jacobs van Merlen, qui vient de chez Berge et a été contrôlée par Lagache, Lebovici, Diatkine, Marty et Schlumberger. Elle a suivi le séminaire de Lacan sur l'Homme aux Loups, mais au moment de la première scission du mouvement français, elle a choisi Nacht, l'organisation établie plutôt que la créativité aventureuse. Elle a tout pour être un maître à penser, elle ne va devenir qu'une femme de pouvoir. Et son choix institutionnel est celui de la conformité sociologique et culturelle, problème que l'on a déjà rencontré dans le non-développement de la psychanalyse au cours des années 1910-1920.

Très vite, de discrètes et sourdes rivalités vont opposer les nouveaux partenaires. Le bref retour en Belgique en 1956 du docteur Georges Reding formé par Raymond de Saussure à Genève, ne simplifie pas les relations; il n'est inscrit que quelques mois à l'A.P.B. et il va bientôt émigrer aux U.S.A. Mais il est déjà porteur de ce qui devient la politique de l'I.P.A. dans ces années-là: il faut médicaliser la psychanalyse. Des noms d'autres médecins apparaissent qui sont en cure chez Dugautiez: entre autres Danielle Flagey, Bourdon et Bloch, ce dernier devant assumer de son chef une position difficile au sein de l'organisation qui se rigidifie. Les nouveaux venus reprochent en aparté ou de façon brutale l'insuffisance de formation des anciens, et surtout qu'ils ne sont pas médecins et ne peuvent rien connaître de la psychopathologie psychiatrique. Ces critiques et conflits en sourdine vont provoquer la discrète disparition d'une 'génération de titulaires et titularisables' à l'exception de deux d'entre eux, dont l'une émigre à Paris et y acquiert une réputation internationale de par ses travaux: Maud Mannoni.

Sous l'impulsion de Thérèse Jacobs une commission d'enseignement est créée en 1957, qui agrée les nouveaux candidats, presque essentiellement des médecins. On repense les statuts, qui sont modifiés lors de l'assemblée générale extraordinaire du 17 juin 1960 et paraissent au Moniteur Belge le 14 juillet 60. L'association prend le nom de Société Belge de Psychanalyse alors que les deux fondateurs ont l'élégance de décéder, Fernand Lechat en 1959 d'une hémorragie cérébrale, et Maurice Dugautiez en août 60 de son emphysème. Camille Lechat, née Ledoux, ayant toujours été assez effacée, restera en fonction jusqu'à la fin de sa vie, sans charges institutionnelles, mais elle ne mènera que deux didactiques selon ses propres dires.

La fin des années 50 voit aussi revenir d'autres psychanalystes qui se sont formés à l'étranger, mais auprès de marginaux ou de dissidents de l'I.P.A.: J. Schotte chez Boss et Bally en Suisse, A. Vergote, J.C1. Quintart et P. Duquenne chez Lacan, Piron aux Pays-Bas mais auprès de la Nederlandse Genootschap voor Psychoanalyse, auxquels s'ajoutent R. Ingels et D. Desmet qui ont été analysés par Favez-Boutonnier, une non-dissidente de la Société Psychanalytique de Paris.

Certains comme Schotte ont été inscrits durant un temps assez bref à l'ex-A.P.B. et nouvelle S.B.P., d'autres n'y songent nullement à l'égal de Quintart qui est approché, ou refusent les exigences de l'actuelle direction, Duquenne par exemple à qui on réclame une nouvelle tranche. Ils ont fréquenté de près quelques-uns des plus brillants penseurs de ce siècle, tels Heidegger, Binswanger, Merleau-Ponty ou Lacan, et ils jugent d'autant plus sévèrement l'indigence intellectuelle de ce qui leur est proposé. Le 28/6/1972, Antoine Vergote fera ce commentaire sur ces obligations: "une pseudo orthodoxie vétilleuse nous empêchait d'être psychanalystes comme nous l'entendions", à savoir un retour à Freud au départ de sa relecture par Lacan et des apports actuels des sciences humaines et psychiatriques, afin de développer ce qu'il a laissé dans l'ombre.

Pour ce que l'on peut en savoir, leurs reproches concernent d'abord la rigidité de la formation que régente Thérèse Jacobs. Sa durée va même s'allonger de façon considérable avec l'obligation de se 'soumettre' à une première tranche 'thérapeutique' avant de procéder à la 'didactique', sans que personne n'ait pu en justifier l'utilité par écrit et en termes concrets, sinon par une obsessionnalisation de la praxis. Il faut noter que ses excès d'exigences en ce domaine ne sont pas toujours suivis: Flagey et Bourdon seront ainsi réticents à la médicalisation à outrance recommandée par l'I.P.A., ce qui laissera une place mineure aux non-médecins. Les origines très roturières de la Société, fondée par des personnes qui n'avaient aucune formation de type universitaire, ne comptent peut-être pas pour rien dans cette recherche de respectabilité intellectuelle: comment comprendre autrement le flou qui entoure la connaissance de ces origines ?

Une autre série de critiques porte sur les choix conceptuels de la Société en faveur du travail clinique, méconnaissant par là ce que l'invention de théorisations a de nécessaire pour repérer, découper et même interpréter la phénoménologie régionale réelle à laquelle elle renvoie. Il ne faut pas s'étonner d'y voir acceptés tous les courants admis par l'I.P.A., et rejetés tous les autres, car l'absence d'une vraie critique conceptuelle, c'est-à-dire de vrais débats, indique que l'essentiel est la reconnaissance de l'institution internationale et non l'interrogation théorico-clinique. Ceci n'implique pas du tout que le travail y soit nul, mais qu'il n'est produit qu'au titre de clones dont l'original est ailleurs.

Les conséquences de ces partis pris sont multiples: la majorité des titulaires seront au moins médecins même si cela s'atténue à la fin de ce siècle; on ne titularise pas un professeur d'université non-médecin qui n'a pas une pratique 'suffisante' (?), et pas davantage les homosexuels connus tels (et les autres ?), ou ceux qui sont passés à l'acte sur divan avant leur reconnaissance comme titulaire, etc. La réalité effective du gradus de la S.B.P. rejoint curieusement celle de la morale de la classe bourgeoise.

Sans entrer dans les détails de son organisation et de son évolution ultérieure, il peut être utile de signaler qu'elle s'est un peu assouplie, mais dans le temps même où les médecins psychiatres se désintéressaient de la psychanalyse au profit d'autres formes de pratiques, et qu'elle n'a produit aucun texte de référence sinon par le biais de son 'membre' la plus excentrique, par ailleurs lacanienne, toujours Maud Mannoni.

Que vont faire, de leur côté, ceux qui refusent ce modèle institutionnel ipéiste? Les sept 'contestataires' se retrouvent dès le 2/1/1960 et se posent les questions de la reconnaissance des non-médecins et du minimum de savoir exigible de la part de ceux et celles qui souhaitent les rejoindre. S'ils refusent l'option de la sur-spécialisation que revendique la S.B.P., ils réclament a minima l'obtention d'une licence universitaire. Cela pointe l'ouverture de la psychanalyse vers les sciences humaines, et a pour conséquence à très brève échéance la prépondérance permanente des non-médecins dans leur association. Ce choix et cette évolution seront facilités par les charges d'enseignement en psychologie, à l'Université Catholique de Louvain, qu'assument les deux principaux animateurs du groupe, Schotte et Vergote. Ce dernier y entraîne aussi le philosophe Alphonse De Waelhens (1911-1981) qui professe dans la même université et qui a suivi tout autant les premiers séminaires de Lacan que ses présentations de malades; on leur connaît d'ailleurs une brève correspondance. Il ne se formera pas à la psychanalyse mais l'utilisera dans ses travaux d'interrogation de la maladie mentale. Il sera nommé membre d'honneur après la fondation de l'Ecole.

Le poids intellectuel de ces trois personnalités et leur situation tant conceptuelle que géographique indiquent les axes du développement futur du nouveau groupe. La référence phénoménologique y sera prépondérante même s'ils ne sont husserliens que par le biais d'Heidegger; le Lacan structuraliste et au-delà y sera mal perçu voire rejeté ou incompris; la dimension confessionnelle se signalera par un silence de bon aloi à son propos, c'est-à-dire qu'on n'en débattra que pour signaler la non-opposition des deux domaines, ce qui est pour le moins hasardeux; le recrutement sociologique trouvera son vivier au sein même de cette université; etc. On va voir que ces choix ne sont pas sans incidences sur les conflits et démissions qui vont l'agiter.

Pour que ceci se produise, encore faut-il qu'il y ait institution, à tout le moins de fait. Celle-ci naît en 1964, mais les deux premières dénominations choisies, Société Psychanalytique Belge ou Institut Belge de Psychanalyse sont supplantés par le titre d' "Ecole Belge de Psychanalyse". La fondation de l'Ecole Freudienne de Paris par Lacan y avait eu son impact. Aussi sont-ils inscrits dans l'annuaire de l'E.F.P. de 1965 comme groupe belge. Le problème, c'est que les statuts ne sont établis que le 8 juillet 1969, et ces cinq années ont été mises à profit par plusieurs pour dissocier l'E.B.P. de l'E.F.P. On ne reconnaît plus d'affiliation à celle-ci qu'individuelle, ce qu'entérine l'annuaire de 1971 en n'y reprenant plus les membres belges qu'inscrits à titre individuel. Certains ne veulent plus voir dans Lacan qu'un auteur parmi d'autres, cherchant par cette voie une reconnaissance de l'importance de leurs travaux ou recherches. Et il y a maldonne auprès des candidats et stagiaires car l'Ecole Belge est identifiée comme lacanienne, et essentiellement lacanienne, par l'intelligentsia du pays.

La contestation ne va pas se faire attendre, pour le simple motif qu'il est difficile de tenir un double discours en prétendant se vouloir vrai. Revendiquer un pluralisme de références alors que l'on tire toute sa notoriété et l'essentiel de son champ de réflexion des conceptualisations lacaniennes, ne peut qu'engendrer des troubles de pensée puis de comportement dans la suite de la filiation. La seconde génération souligne assez tôt cette dissonance jésuitique dont les fondateurs ne se rendent en apparence pas compte. Un dialogue de sourds s'installe, que ne simplifient pas les conflits personnels entre anciens.

La conférence et le séminaire que donne Jacques Lacan en 1972 à Louvain ne crèvent pas l'abcès: ils soulignent au contraire le caractère erratique des choix de certains vis-à-vis de la théorie psychanalytique et de son principal rénovateur. Dans la foulée, deux regroupements s'opèrent qui déplacent et accentuent les contradictions de l'Ecole Belge de Psychanalyse. Jacques Schotte étend à Gand son association Pathei Mathos qui a pour projet un dialogue permanent entre psychanalyse, psychiatrie et sciences humaines. C'est la réplique un peu différente et en plus restreint de ce qu'il avait mis en œuvre auparavant à l'Université de Louvain. Il y invite tous ceux qui ont un nom dans la pensée actuelle et qui l'intéressent, en présence de ses assistants universitaires, proches et sympathisants.

A la même époque se crée à Bruxelles le "Séminaire public" qui est censé devenir un lieu de débat ouvert à tous sur les travaux et concepts de Lacan, et qui se transforme vite en lieu hagiographique de ses théories. Il est organisé par deux doctorants proches de Schotte et par celui qui a posé ici la question du psychanalyste homosexuel, exclue a priori de la réflexion ipéiste. Ce qui fait problème dans ces deux regroupements, ce sont les participations croisées, car les mêmes passent d'une réunion où Lacan est exalté à une autre où il est ravalé au rang du commun des invités. La discussion de cette ambiguïté, pour partie fondatrice de l'E.B.P., n'est pas posée en son lieu, où ne règnent que les consensus mous et les divergences lâches: on se trouve entre 'gens de bonne compagnie' qui excluent les affrontements virulents, hormis les rodomontades.

Ce contexte permet d'appréhender la suite des évènements. Lorsqu'en janvier 80, Lacan décide de dissoudre l'Ecole Freudienne de Paris, il est suivi par quelques personnes à Bruxelles qui démissionnent à tour de rôle de l'E.B.P. Puis à la fin de l'année 80, c'est la grosse majorité de la deuxième génération qui quitte en bloc l'Ecole Belge. Un nouveau groupe tente de se former, mais il échoue sur les divisions induites par les filiations parisiennes. On assiste à la création de nouvelles associations qui dépendent presque en direct de ce qui se passe en France. L'Ecole de la Cause Freudienne use du transfert légaliste qui passe de Lacan à l'Ecole dirigée par son beau-fils, Jacques-Alain Miller; l'Association Freudienne est constituée par les serviles de Charles Melman; et ceux qui refusent toute inféodation prennent pour modèle l'E.B.P. dont ils sont issus pour fonder le Questionnement Psychanalytique. Quant à l'E.B.P. proprement dite, inhibée par ses divergences internes, son recrutement sera davantage flamand, Jacques Schotte y occupant pour ces derniers la place du sage ou du maître à penser, bien qu'il n'ait pas produit d'oeuvre au plan analytique. Son association "Pathei Mathos" entre en léthargie et Gand perd une troisième occasion de devenir constitutive d'un mouvement original, qui serait la reformulation des théories analytiques. En 1985, une Ecole Lacanienne de Psychanalyse est créée à Paris qui aura aussi son 'pied à terre' bruxellois.

Que peut-on en conclure ?

Si la S.B.P. est trop marquée par sa fidélité à l'I.P.A., à très forte majorité anglo-saxonne, toute la mouvance lacanienne est inféodée en profondeur à ce qui s'élabore dans les cénacles parisiens. Et ce qui frappe le plus quand on considère l'instauration et le développement de la psychanalyse en Belgique, c'est cette puissance du paradigme institutionnel et du conformisme de la pensée: on y est toujours massivement favorable à l'administration en place. Si elle n'y naît que de l'absence de respectabilité de deux (trois) ex-psychistes, elle est tout aussitôt reprise dans les cadres de pensée ipéistes. Lorsque se crée un 'groupe lacanien', aucun réel débat n'a lieu sur ses principes fondateurs, mais il y a mise en commun d'une formation à l'expérience et d'un non-dit sur le reste. A l'époque des scissions, c'est le parler- et le penser-Lacan, intellectuellement daté, qui servira de modèle de base pour les différentes associations, quelles que soient leurs filiations respectives, y compris celle qui se prétend indépendante. Les années 90 ont-elles changé quelque chose à ce conformisme? C'est peu probable, lorsqu'on considère l'infiltration tentaculaire des différentes sortes de psychothérapies qui s'y produit sans heurts, à la suite des impasses théoriques et pratiques de la psychanalyse d'aujourd'hui. On suit là encore le mouvement général marqué par la pléthore, l'affadissement, l'absence de rigueur, la recherche médiatique et la confusion des genres.

En cette fin de siècle, personne n'y semble décidé à assumer cette question fondamentale: il devient urgent de repenser la psychanalyse dans sa théorie comme dans sa praxis au départ de nouvelles données du savoir, sous peine de la voir se dissoudre à bas bruits dans tous les ersatz du monde.

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Summary

The Tracics of Psychoanalysis in Belgium

This article adresses the development and the reception of psychoanalysis in Belgium as it turned out on the repetition of failure to make its way before finally taking its proper place in the local culture.

Key words

Psychoanalysis, History, Jacques De Busscher.



[i] Texte paru dans la revue « Psychanalytische Perspektieven », 1999,  nr.36, mis à jour en juin 2009.

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